#8 – Pas de panique de l’Université Bordeaux Montaigne
Solitude en groupe

5
Avr
2018

Proposition touchante des étudiants de Bordeaux, poussée loin par chacun de leurs gestes, jusqu’au cœur des rapports sociaux.

Des couples se succèdent sur le plateau, tous uniformément vêtus de beige. Contre cet anonymat, les individualités se dessinent par des gestes, des séquences de mouvements répétées et peut-être chargées de sens. Fluides ou saccadés, simples ou plus complexes, ces quelques gestes reflètent et symbolisent les personnalités. Collisions, caresses, affrontement et symbiose, les relations sont multiples et évoluent, avec pour seule musique le bruit des pas et les frottements des corps. Ce silence chargé de retenue apporte une tension supplémentaire, en suspens.

Une chanson, O Solitude, mySweetestChoice, vient animer la danse. Une danseuse se tient devant nous, réelle expérience de solitude sur la scène. Elle semble incarner la voix de la chanson, vivre les paroles. Puis la totalité du groupe s’empare du plateau, créant une angoisse proche de l’agoraphobie chez la danseuse, qui se débat en elle-même, convulsivement.

Le spectacle est structuré de manière théâtrale et ce deuxième tableau vient compléter une occupation plus solitaire de l’espace. Les neuf singularités sont présentes, poursuivent avec application les développements de leur gestuelle, très diverses. Petits sauts verticaux, bras tendus vers le ciel. Positions plus proches du sol. Ondulation des bras, de tout le corps. Statique ou proche de la marche.

Une énergie commune se dégage de ce groupe, dont ils n’ont peut-être même pas conscience de faire partie, une impression de cohérence les reliant tous en un même organisme. Mais tous restent isolés, enfermés dans leur langage individuel, séparés par une barrière d’incommunicabilité. Chacun(e) est absorbé(e) par son chemin personnel, en ces quelques gestes mystérieux pour tout autre.

 

Florence Deranty
Licence 2 Lettres et Cultures Contemporaines

Répondre