Édito

L’énergie « politique » qui irrigue la saison du TAP questionne aussi le Festival À Corps. Et les réponses fusent. L’urgence musicale et chorégraphique mise à jour par (LA)HORDE relève exactement de cette pulsion artistique inévitable qui fonde la vie des humains et marque à jamais une époque, comme le hip-hop le fit en son temps.

La Sud-Africaine Robyn Orlin a toujours eu une fibre politique. Son extraordinaire interprète malmène les relations dominatrices Europe/Afrique et apostrophe Poutine. Complétez ce vent bravache par les 100 000 volts des BCUC, Sud-Africains eux aussi, qui portent haut le son des townships. Mithkal Alzghair témoigne, lui, subtilement de l’exil syrien par l’ambiguïté des gestes. Toujours dans le registre politique, le Brésilien Volmir Cordeiro, plus expressionniste que jamais, révèle mille figures de la « rue » alors que François Chaignaud et Cecilia Bengolea anéantissent les rapports entre cultures savantes et danses urbaines.

Du côté de l’apaisement, l’Afro-Américain John Coltrane inspire à Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis une pièce mythique.

En France, soyons politiquement incorrects : Thibaud Croisy interroge les relations de domination sexuelle dans une atmosphère joyeusement décomplexée et inédite alors que Marlène Saldana – extraordinaire personnalité – et Jonathan Drillet revisitent l’Histoire par une performance effrontée… et fromagère !

Au-delà de ces considérations et dans un pur rapport poétique au monde, Benjamin Bertrand et Alexander Vantournhout apparaissent alors d’une élégance et d’une intensité rares, corps intelligents bravant nos infinis débats.

Les étudiants et lycéens invités auront fort à faire et à voir dans ce contexte. Mais l’enjeu est ailleurs : ateliers, rencontres, spectacles en salle comme dans l’espace public, la question que pose ici le festival est celle de la confrontation sensible et nécessaire des amateurs et des professionnels, sans hiérarchie préalable mais bien dans l’échange et le respect mutuel. Posture tout à fait politique aussi !

Béatrice Charrier, directrice du Centre d’Animation de Beaulieu
Isabelle Lamothe, vice-présidente culture de l’Université de Poitiers
Jérôme Lecardeur, directeur du TAP